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Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale française pour "L'Hebdo Magazine": «Ni Israël ni le Hezbollah ont intérêt à déclencher un conflit»

 

Quelques semaines après la rencontre de Saad Hariri avec Nicolas Sarkozy à Paris, c’est au tour du président de l’Assemblée nationale française, Bernard Accoyer, de se rendre en voyage officiel à Beyrouth, lundi, à l’invitation de Nabih Berry. Rencontre exclusive avec Bernard Accoyer, à quelques heures de sonpremier déplacement au Liban.

Vous allez, lundi, au Liban pour une visite officielle de quatre jours. Quel est son but et quel message souhaitezvous apporter?
C’est avant tout un message d’amitié que la délégation qui m’accompagne et moimême allons porter auprès des Libanais et des nombreuses personnalités que nous allons rencontrer. Je veux le répéter ici: l’amitié entre la France et le Liban est indéfectible. Comme le disait le général de Gaulle: «Les Libanais sont le seul peuple dont jamais le cœur n’a cessé de battre au rythme de celui de la France». De son côté, la France et l’ensemble des Français ne cessent de démontrer leur attachement profond au Liban et à la nation libanaise. C’est l’Assemblée nationale française tout entière qui, à travers la délégation pluraliste que je conduis, vient porter ce message au Liban. Le protocole de coopération interparlementaire que je vais signer avec le président Nabih Berry, avec lequel j’ai plaisir à travailler, s’inscrit bien dans cet esprit: l’approfondissement de l’amitié et de la coopération entre nos deux assemblées.

Quel est votre programme sur place? Qui allezvous rencontrer?
Je serai reçu par les trois présidents, Michel Sleiman, Nabih Berry et Saad Hariri. J’irai également à Bkerké rencontrer le patriarche Nasrallah Sfeir. Je vais avoir des entretiens avec différents leaders politiques. Je me rendrai dans le sud en visite auprès des troupes du contingent français de la Finul, l’occasion de leur rappeler le soutien total des autorités françaises. J’ai également choisi, en tant que médecin, de me rendre à l’HôtelDieu pour un échange avec les responsables hospitaliers et les étudiants en médecine, sur le rôle social de l’hôpital.

Allez-vous apporter au président Sleiman un message du président Sarkozy?
Cet entretien sera l’occasion de rappeler le soutien de la France aux institutions libanaises et à la présidence de la République en particulier. Le président Sleiman participe activement à la préservation de la souveraineté du Liban et à la promotion d’un contexte de dialogue et de stabilité. Il a eu le courage de relancer le dialogue national sur la stratégie de défense du Liban. Le président Sleiman a su donner toute sa dimension à la fonction présidentielle. Cet entre tien sera donc l’occasion de lui renouveler le soutien que notre ambassadeur à Beyrouth lui a exprimé au nom de la France il y a une quinzaine de jours.

Le Premier ministre, Saad Hariri, s’est rendu à Paris en janvier. Quelle sera la teneur de votre entretien avec lui?
J’avais été le premier à recevoir le président du Conseil des ministres lors de sa visite à Paris. Nous continuerons notre dialogue sur les questions bila térales et régionales. Hariri fait un travail remarquable à la tête du gouvernement d’union nationale. Ce sera l’occasion de faire le point sur la maniè re dont la France peut aider le gouvernement libanais à mettre en place les réformes auxquelles il aspire.

Il y a exactement deux mois, le président du Sénat, Gérard Larcher, s’était rendu à Beyrouth. Votre visite est-elle une conséquence de ce voyage?
Ou faut il y voir un rapprochement politique à tous les niveaux entre la France et le Liban? Le Liban est dans le cœur de tous les Français et de toutes les institutions françaises. L’Assemblée nationale, comme le Sénat, entretient depuis longtemps une coopération avec l’Assemblée nationale libanaise. Il s’agit aujourd’hui d’aller encore plus loin. C’est dans ce contexte que s’inscrit ma visite.

M. Larcher a insisté sur la souveraineté du Liban qui n’est, pour la France, «pas négociable». C’est un sujet sur lequel vous allez vous aussi insister?
Bien sûr, c’est le message que la France adresse tant aux Libanais qu’à la communauté internationale et aux voisins du Liban en particulier. Ce mes sage a une traduction très concrète. La France, comme l’a récemment rappelé Hervé Morin, le ministre de la Défense, contribue activement à la moder nisation et à l’équipement des Forces armées libanaises.

Les menaces israéliennes qui pèsent actuellement sur le Liban sont prises très au sérieux par la population libanaise et par les responsables politiques. Etes-vous inquiet quant à la possibilité qu’un conflit se déclare?
Je ne vois pas de raisons objectives au déclenchement d’un conflit. Nul n’y a intérêt, ni Israël, ni le Hezbollah. Je remarque d’ailleurs ces derniers temps un certain apaisement dans les déclarations des différentes parties.

Que peut faire la France pour calmer les tensions?
Lors de nos contacts avec les autorités israéliennes, nous n’avons de cesse de rappeler notre attachement à la souveraineté et à l’indépendance du Liban. Ce sujet est pour nous une priorité sur laquelle nous ne transigerons pas. Nous condamnons toutes les violations de la résolution 1701, y com pris les survols israéliens.

Vous partez avec une délégation de parlementaires. Allez-vous concrétiser des projets économiques ou culturels?
Je vais signer avec le président Berry un accord de coopération entre l’Assemblée nationale française et la Chambre des députés libanaise. Cet accord vise à renforcer les liens entre les deux assemblées. L’objectif est de répondre aux besoins de l’Assemblée nationale libanaise en matière de formation, d’expertise technique et de capacités administratives et institutionnelles. Un bel exemple de ce travail en commun est le séminaire régional des Parlements de la Méditerranée, qui réunit le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le Liban et la France. Après Tunis en 2007, Paris en 2008 et Alger en 2009, il se tiendra cette année à Beyrouth.

Le dialogue entre la France et la Syrie est fragile mais des signes positifs se font néanmoins sentir. La France restetelle un interlocuteur privilégié?
Le président Sarkozy a choisi de mener une politique d’ouverture avec la Syrie, conscient du rôle essentiel que ce pays joue dans la région. Cette politique a déjà porté des fruits très concrets, en particulier l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie. La visite du Premier ministre, François Fillon, a été l’occasion de développer la coopération économique, culturelle et éducative entre la France et la Syrie mais aussi d’aborder, en toute franchise, les questions régionales d’intérêt commun. Nous formons le souhait que la prochaine visite de Saad Hariri en Syrie soit un succès.

Les Libanais savent que si la France se rapproche de la Syrie, c’est aussi pour pouvoir nouer le contact avec Téhéran. N’y a-t-il pas un risque qu’encore une fois le Liban soit tributaire des tractations régionales?
Un plus pour la Syrie ne veut pas dire un moins pour le Liban, au contraire. Cela veut plutôt dire un plus pour le Liban. Ce dernier a tout intérêt, l’histoire l’a prouvé, à ce que ses voisins entretiennent des relations sereines avec le reste de la communauté internationale.

Concernant le Tribunal spécial pour le Liban, qu’attend la France aujourd’hui?
Nous souhaitons que la lumière soit faite sur l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons. Nous faisons pleinement confiance au Tribunal spécial et à ses équipes pour mener l’enquête et les différentes procédures, en toute indépendance et au rythme que requiert la justice. Récemment, de nombreuses rumeurs ont agité Beyrouth au sujet de l’enquête, du procureur. Ces rumeurs ne sont pas propices au travail du tribu nal. Nous appelons toutes les parties à collaborer avec le Tribunal et à le laisser travailler.

Avant votre arrivée lundi, avezvous un message à adresser à nos lecteurs?
Je suis heureux de me rendre pour la première fois au Liban. Cela fait longtemps que je voulais venir dans votre beau pays. Les Libanais de France, que j’ai l’occasion de rencontrer, ont une telle chaleur, une telle empathie, que je regrette de n’avoir pas encore eu le privilège de découvrir leur pays. Je me rends au Liban le cœur ouvert et la main tendue, pour écouter ce qu’auront à me dire nos amis libanais et pour les assurer de l’amitié indéfectible de la France.

PROPROS RECUEILLIS PAR S.B.

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