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Juan Carlos Gafo Acevedo, ambassadeur d’Espagne pour "Magazine": «Les Libanais doivent s’atteler à la réforme»

Magazine a rencontré Juan Carlos Gafo Acevedo, ambassadeur d’Espagne en poste à Beyrouth depuis près d’un an, pour un tour d’horizon sur les relations bilatérales et sur le rôle du contingent espagnol au SudLiban. Depuis le 28 janvier, Madrid remplace Rome à la direction de la Finul.

Quelles sont les répercussions du congrès mondial du tourisme qui s’est tenu à Madrid sur la promotion du tourisme?
L’Espagne a, dans ce domaine, une très large tradition. Nous recevons chaque année plus de 55 millions de touristes. Nous sommes le second pays au monde dans le classement des pays les plus visités. Cette foire que nous organisons annuellement revêt donc un intérêt spécial. Nous avons eu l’honneur d’y recevoir le ministre libanais du Tourisme, Fadi Abboud, que j’ai rencontré avant son départ pour Madrid, afin de connaître les priorités de son ministère. Nous avons passé en revue le protocole qui a été signé à l’occasion de la visite du président Michel Sleiman en Espagne. Nous avons discuté d’éventuels projets bilatéraux. En ce qui concerne le Liban, nous projetons d’organiser des séminaires, de développer des échanges techniques, d’offrir au Liban notre savoirfaire en matière de tourisme. Nous essayons aussi d’assurer un vol direct entre Beyrouth et Madrid, ce qui se répercutera positivement sur les échanges entre les deux pays.

Quels sont les moyens dont dispose l’Espagne, qui préside l’Union européenne, pour défendre la création d’un «gouvernement européen» sur les dossiers économiques?
Nous avons un plan ambitieux pour le volet économique afin de sortir l’Europe de la crise. L’espace européen a fonctionné parfaitement sur le plan économique et commercial mais il doit avancer sur les plans poltiques et autres.

Comment l’Espagne catholique voit-elle les exactions commises contre les chrétiens dans certains pays?
L’Espagne est un pays pluriel qui respecte toutes les religions. Certes, les catholiques y sont majoritaires mais l’Etat espagnol a signé des traités avec d’autres confessions comme l’islam, le judaïsme et le protestantisme. Ce traité reconnaît juridiquement l’existence de ces communautés et leur accorde tous les droits qui leur reviennent. Le gouvernement prône le dialogue religieux et, par conséquent, n’importe quel acte non respectueux des autres religions doit être dénoncé car il n’est pas conforme à nos principes.

Quel est le rôle du contingent espagnol au LibanSud maintenant que l’Espagne a pris la tête de la Finul?
Le rôle de la Finul est de veiller au respect de la résolution 1701 par les deux parties, en l’occurrence libanaise et israélienne, notamment en ce qui relève de la fin des hostilités. Eviter qu’aucune agression ou violence ne partent de ci ou là, seconder progressivement les forces de l’Armée libanaise de sorte qu’elle contrôle, avec le temps, l’ensemble de la zone d’opération de la Finul. Nous avons d’autres tâches comme le respect de la ligne bleue, le déminage, la protection des populations contre tout acte d’agression. Notons que jamais cette région du Liban n’a vécu dans la stabilité comme cela est le cas actuellement.

Lors de la visite du Premier ministre Saad Hariri à Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a exprimé des craintes de voir le Hezbollah «provoquer» les Israéliens entraînant des conséquences fâcheuses pour le Liban. Partagez-vous ses craintes?
Je n’ai aucune raison pour penser qu’Israël, ou le Hezbollah, comptent provoquer un conflit. Il n’y a aucune logique politique à cette éventuelle attaque. Je ne vois pas l’intérêt du Hezbollah à attaquer Israël et je ne vois pas qu’Israël ait des dispositions à attaquer le territoire libanais.

Au cas où cela arrivait, quelle serait la position des Casques bleus de la Finul?
Mettre fin à l’agression par tous les moyens accordés à la Finul. Des règles de comportement sont prévues dans ce mandat et le contingent se doit de les respecter.

Comment expliquez-vous le rôle de plus en plus important de la Turquie dans la région du Moyen-Orient?
Ce pays a fait un pari très intéressant: il est conscient qu’il doit s’ouvrir à ses voisins arabes. C’est le ministre turc des Affaires étrangères qui a lancé ce concept de rapprochement arabe et l’idée d’établir des relations stratégiques avec ces pays sans renoncer à l’aspiration de la Turquie d’adhérer à la communauté européenne. C’est un mouvement intelligent.

Cette coopération turque au MoyenOrient facilitera-t-elle l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne?
La Turquie est une puissance régionale qui a un poids considérable dans les affaires du MoyenOrient. C’est aussi un pont entre l’Europe et l’Asie centrale. Un processus de négociations a été lancé, il y a quelques années, pour de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne soumise à certaines conditions. Mais l’Espagne a toujours été favorable à l’adhésion de ce pays à condition que les problèmes, objets de litige, dont celui de Chypre soient résolus.

Que pensez-vous des mesures de sécurité adoptées par les Américains dans leurs aéroports à l’encontre de ressortissants étrangers, dont les Libanais? L’Europe risque-t-elle de prendre des décisions similaires?
Nous sommes contre tout acte de discrimination. Mais il faut comprendre que les EtatsUnis, mais aussi toute la communauté internationale, ont un défi global à relever, celui de lutter contre le terrorisme. Cela peut les pousser à prendre des mesures exceptionnelles. Il y a actuellement un débat à l’intérieur des pays européens sur l’efficacité de l’utilisation du scanner dans les aéroports. Au cas où cette mesure est adoptée, elle sera appliquée sur tous les passagers, quels que soient leurs pays de provenance, sans discrimination aucune.

Pouvez-vous faire un bref état des lieux des relations bilatérales entre le Liban et l’Espagne… ?
Les relations entre les deux pays sont excellentes. Sur le plan politique, une visite d’Etat du président Sleiman a eu lieu, le chef du gouvernement espagnol a visité le Liban, la ministre de la Défense s’est rendu trois fois à Beyrouth, nous avons signé des accords importants, nous sommes présents dans la Finul, il se peut que le roi Juan Carlos visite le pays pendant la présidence espagnole de l’Union européenne. Sur le plan économique, il y a toujours des choses à faire. L’instabilité au Liban n’a pas aidé au développement dans ce sens. Nous devons nous concentrer sur l’augmentation des échanges commerciaux. Sur le plan culturel, l’institut CervantesLiban a un nombre très important d’inscrits, ce qui démontre l’intérêt des Libanais pour la langue espagnole. Ceci nous encourage à diversifier nos activités. Le 5 février à l’Unesco un spectacle de danse et chant flamenco de Raphaela Amargo aura lieu. Il existe de nombreuses affinités entre nos deux peuples et leur approche de la vie, dont une histoire commune de présence arabe en Espagne, le passé commun de Phéniciens, la Méditerranée que l’on partage… ce qui fait que notre culture est apprécié par les Libanais et vice versa. Nous avons toujours contribué à la stabilité, à la paix et à la prospérité du Liban et nous continuerons à le faire.

Partagez-vous l’optimisme général qui prévaut actuellement à l’ombre des réconciliations interlibanaises?
Ce sont de bons signes qui indiquent que le Liban est sur la bonne voie mais le gouvernement est confronté à une tâche difficile, celle de mettre en marche les réformes dont le pays a besoin. Nous espérons que, pour le bien de tous, le Cabinet sera capable d’entreprendre les démarches nécessaires pour ce faire. Nous serons toujours aux côtés des Libanais pour les soutenir. Le dialogue dont le pays a besoin est certes important mais il faut aller de l’avant.

PROPOS RECUEILLIS PAR DANIÈLE GERGÈS

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